De la spoliation à la restitution : un ouvrage de Marc Bloch donné à la bibliothèque Halphen
À quelques semaines de l’entrée de Marc Bloch au Panthéon, Suzette Bloch, sa petite-fille, et Mathis Bloch, son arrière-petit-fils, ont remis à la Bibliothèque Halphen (LAMOP, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) un ouvrage spolié pendant la Seconde Guerre mondiale et récemment restitué : Description abrégée de la cathédrale d’Amiens de Georges Durand.
Le don de cet ouvrage s’est tenu lundi 9 mars, dans la salle de lecture de la bibliothèque Halphen située au centre Sorbonne en présence de Christine Neau-Leduc, présidente de l’université, d’Eliana Magnani, directrice du Laboratoire de médiévistique occidentale de Paris (UMR 8589 - LAMOP) et de membres de la communauté universitaire.
Une restitution chargée d’histoire
Cet ouvrage, spolié sous l’Occupation, a récemment été restitué à la famille de Marc Bloch après avoir été identifié dans les collections de l’Institut national d’histoire de l’art (INHA). L’université s’est déjà vu remettre plusieurs ouvrages spoliés ayant appartenu à Marc Bloch par Suzette et Anne Bloch en 2025. Parfois signés, dédicacés ou disposants d’un ex-libris, ces ouvrages alimentent le fond Marc Bloch de la bibliothèque Halphen et ces dons continuent de faire vivre ce lien indéfectible entre cet historien de renom et l’université. « Vous nous donnez, pour les générations à venir, la possibilité de perpétuer l’héritage intellectuel et humain de Marc Bloch », introduit Eliana Magnani.
Pour célébrer cet évènement, Fanny Madeline, maîtresse de conférences en histoire, civilisation, archéologie et art des mondes anciens et médiévaux et membre du LAMOP, a présenté quelques ouvrages issus des fonds de la bibliothèque Halphen. Ces derniers ont été soigneusement choisis parmi les près de 2 500 autres conservés dans plusieurs bibliothèques de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Ils sont également recensés par Jean-Damien Genero, ingénieur au LAMOP qui a développé et continue d’alimenter la bibliothèque numérique de Marc Bloch.
Des Annales d’Histoire économique et sociale d’Henri Hauser abondamment cités dans les cours de Marc Bloch à La chanson de la Croisade albigeoise de Joseph Calmette dédicacés « à mon collègue Marc Bloch », l’échantillon présenté par Fanny Madeline a révélé des fonds très riches auxquels l’ouvrage de Georges Durand vient s’ajouter. Par ailleurs, l’exposition Marc Bloch et ses livres qui se tiendra prochainement à la Bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne, sous le commissariat de cette dernière, mettra en lumière la bibliothèque comme matrice d’une œuvre et d’une vie.
Une quête familiale qui se poursuit de génération en génération
Lors de cette matinée, Suzette Bloch a rappelé l’immense travail de sa grand-mère Simone, épouse de Marc Bloch, qui inventoria, dès l’après-guerre, la bibliothèque familiale spoliée entre 1941 et 1942, facilitant ainsi le retour d’environ un millier de volumes.
« L’ex-libris porte “E. et M. Bloch” – pour Simone et Marc. Il proclame la communauté des biens et des savoirs du couple », explique Suzette Bloch. Elle précise sa devise : « Veritas vinum vitae, la vérité est le vin de la vie », allégorie d’une quête intellectuelle continuelle, figurée par un fouleur de raisin et une feuille de fougère – clin d’œil au hameau de Fougères, maison de campagne acquise en 1930 par Marc Bloch.
« Ce don est un symbole particulièrement fort à l'approche de l'entrée au Panthéon de Marc Bloch » - Suzette Bloch.
Restituer, documenter, transmettre : un engagement partagé
« C’est pour nous une grande émotion de donner ce livre [...] un premier, je l’espère, d’une longue série d’ouvrages retrouvés en France, en Allemagne et ailleurs en Europe », déclare avec émotion Mathis Bloch après avoir dévoilé l’ouvrage.
« Marc Bloch fut exclu de la communauté nationale par le régime de Vichy. Restituer ses livres, c’est un peu réparer et transmettre. » - Mathis Bloch
Un véritable symbole aussi pour l’université, a souligné Christine Neau-Leduc, sa présidente, en évoquant l’élan donné par la loi française de 2023 sur la restitution, ouvrant la voie à d’autres ouvrages retrouvés. « Derrière les auteurs, il y a des femmes et des hommes : ce qu’ils lisent nourrit leur œuvre. Qui était Marc Bloch se retrouve dans ces ouvrages », ajoute-t-elle.
Entre mémoire familiale, exigence scientifique et devoir de vérité, la remise de ce livre spolié à la Bibliothèque Halphen réinscrit un fragment essentiel de la bibliothèque de Marc et Simone Bloch dans le lieu même où s’écrit et se partage l’histoire. « Vous êtes ici chez vous », a rappelé la présidente de l’université. Une phrase qui vaut à la fois pour la famille et pour ces livres retrouvés.
L'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, œuvrant au quotidien pour des sciences plus humaines ainsi que pour une société plus juste et durable, se veut l'héritière reconnaissante de ces deux figures tutélaires. À ce titre, elle œuvre depuis l’annonce de sa panthéonisation, à faire vivre la mémoire de Marc Bloch avec une programmation scientifique et culturelle exceptionnelle. Actions pédagogiques, journées d'études, tables rondes, débats ou encore expositions rythmeront ainsi les prochains mois afin de faire vivre la contribution inestimable de cet intellectuel.