Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne
Entretien

Emmanuel Charrier : accompagner l’exil, préserver la recherche à travers l’accès à l’apprentissage du français

Depuis plusieurs années, l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne s’engage en faveur de l’accueil et de l’accompagnement des étudiants et chercheurs contraints à l’exil. Elle fait notamment partie des 138 établissements partenaires du Programme PAUSE.  

Crée en 2017, ce programme national apporte son soutien aux chercheurs et artistes qui ne peuvent exercer librement leur profession et qui sont contraints à l’exil afin de pouvoir poursuivre leurs travaux. Pour cela, le Programme PAUSE alloue des financements incitatifs aux établissements publics d’enseignement supérieur et aux organismes de recherche souhaitant accueillir des scientifiques ou artistes en exil, quel que soit leur pays d’origine ou leur domaine d’expertise.

Plusieurs acteurs de l’université participent de près ou de loin à ce programme et jouent un rôle clé dans l’accueil de ces chercheurs. C’est notamment le cas d’Emmanuel Charrier, ancien directeur (2019-2023) et enseignant au Département des langues (DDL), responsable des formations français langue étrangère (FLE) pour les étudiants en exil depuis 2015 et à l’initiative de la création des deux diplômes universitaires Passerelle (DUP) : PEPS et Sorbonne Alliance qui accueillent une cinquantaine d’étudiants en exil depuis 2021-2022 pour les aider à reprendre, par la suite, leurs études supérieures.

À travers ses fonctions de responsable de ces DUP, Emmanuel Charrier œuvre également pour permettre à des chercheurs de poursuivre leur parcours académique et de reconstruire leur vie scientifique en France. En tant que tel, il a notamment été sollicité pour intégrer plusieurs doctorants du Programme PAUSE au sein des DUP qu’il dirige, afin qu’ils suivent une formation d’un an en français (niveau B2). Cette année, cinq doctorants du programme sont accueillis au sein des deux DUP (2 Palestiniens, 1 Russe et 2 Soudanais).  

Plus qu’une mission, un engagement 

« Être sollicité par le programme PAUSE pour accueillir des chercheurs au sein des DUP représente pour moi un engagement profondément significatif qui articule les dimensions scientifiques, institutionnelle et sociétale. Il s’agit d’abord d’un engagement scientifique, dans la mesure où il permet à des chercheurs et artistes contraints à l’exil de poursuivre leur travail et de continuer à contribuer à la production et à la transmission des savoirs », explique Emmanuel Charrier.  

Pour une université comme Paris 1 Panthéon-Sorbonne intervenir de près ou de loin dans le Programme PAUSE, « c’est également un engagement institutionnel fort qui affirme l’attachement de l’institution aux libertés académiques. Enfin, cet engagement revêt une dimension sociétale essentielle, car il traduit une responsabilité collective face aux atteintes aux droits fondamentaux et à la liberté de pensée », ajoute-t-il.

PAUSE : un programme scientifique, humain et essentiel

Le Programme PAUSE offre aux doctorants et artistes un cadre sécurisé, leur permettant de poursuivre leurs travaux sans interruption, tout en tenant compte de la dimension humaine et personnelle de l’exil.  Au-delà de ce qui est mis à disposition des chercheurs, le programme leur propose un soutien administratif, social et au plus près du vécu de chacun d’entre eux pour leur offrir des conditions de vie plus stables et sécurisées.  

« Le programme PAUSE reconnaît les ruptures et les difficultés liées à l’arrachement au pays d’origine et à la reconstruction dans un nouvel environnement. […] Cette approche globale me paraît essentielle car elle permet aux chercheurs et artistes accueillis de retrouver progressivement des repères, une dignité et la sérénité nécessaires à la poursuite de leur activité » 

L’université, pilier de la liberté de la recherche

En tant qu’établissement partenaire du Programme PAUSE, la mission de l’université dépasse la seule formation académique. Elle est un lieu où la pensée critique peut s’exprimer librement et où les engagements institutionnels protègent l’indépendance intellectuelle. « En s’engageant dans le programme PAUSE, tout comme elle le fait par le biais des 2 DUP, l’université ne se contente pas d’accueillir des chercheurs et des artistes en danger : elle leur offre un espace de confiance, de stabilité et d’intégration au sein de la communauté académique », souligne Emmanuel Charrier.  

Selon lui, PAUSE est essentiel pour « éviter que des trajectoires intellectuelles soient brutalement interrompues. » Il souligne également le rôle complémentaire des DUP et l’adhésion de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne au réseau MEnS depuis 2021. 

« PAUSE, les DUP, le MEnS sont intimement liés. L’université envoie ainsi un message fort au niveau national quant à l’accueil des personnes exilées. Elle œuvre à préserver la continuité des travaux scientifiques et artistiques, tout en affirmant un principe fondamental : la recherche ne peut être entravée par la violence, la censure ou la répression. »  

Par son engagement au sein des DUP PEPS et Sorbonne Alliance et du réseau MEnS, Emmanuel Charrier conjugue exigence académique, attachement au service public, responsabilité institutionnelle et humanité, œuvrant pour offrir aux étudiants, chercheurs et doctorants en exil les conditions nécessaires pour reprendre leur vie et poursuivre leurs études et leur recherche dans un environnement serein et stimulant. 

En savoir plus sur le Programme PAUSE 

En parallèle de ces diverses missions au sein de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Emmanuel Charrier représente l’université lors des assemblées générales annuelles du réseau MEnS. Très engagé et actif au sein du réseau, il est également membre de son Conseil d’administration depuis octobre 2023. Il a été élu trésorier en octobre 2025.