Photographie prise lors d’une cérémonie de remise de doctorat honoris causa le 14 novembre 1979.
J. Le Madec
Hommage

Hommage à Hélène Ahrweiler

C’est avec une profonde émotion que l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne a appris le décès d’Hélène Ahrweiler, survenu le 16 février.

Figure pionnière dans un monde académique alors très largement masculin, elle a ouvert la voie aux femmes dans l’enseignement supérieur et la recherche. Par son parcours, son autorité intellectuelle et son engagement, féministe par l’exemple, elle a contribué, en accédant aux plus hautes fonctions universitaires, à transformer durablement la place des femmes dans notre université et bien au-delà.

Afin d’honorer sa mémoire, l’université avait souhaité donner son nom à la nouvelle bibliothèque du centre La Chapelle qui a ouvert ses portes en janvier dernier. Un temps institutionnel d’hommage sera organisé prochainement pour saluer son œuvre et son héritage.

Née Glykatzi en 1926 à Athènes, Hélène Ahrweiler appartient à cette génération que l’Histoire a saisie dès l’enfance. À quatorze ans à peine, alors que l’Europe s’embrase, elle choisit la résistance face à l’occupant nazi. Son destin est aussi lié à celui d’une génération d’intellectuels grecs que les tourments du XXᵉ siècle poussent sur les routes de l’exil. La France sera pour eux une terre d’asile, de pensée et de liberté. C’est naturellement à Paris, cœur intellectuel de cette France ouverte et universaliste, qu’elle poursuit son œuvre scientifique. Elle soutient en 1966 une thèse consacrée au rôle de la Marine et de la politique maritime dans l’Empire byzantin. Après avoir débuté sa carrière au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), elle est nommée professeure à la Sorbonne en 1967.

Très rapidement, elle y exerce d’importantes responsabilités : directrice du Département d’histoire de la Faculté des lettres de Paris, cofondatrice et première vice-présidente de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (1971-1973), elle en devient ensuite présidente le 23 janvier 1976. À la tête de l’université jusqu’en 1981, elle impulse une dynamique nouvelle, affirmant avec force l’ambition scientifique de l’établissement, son ouverture internationale et son attachement à l’excellence académique.

Son engagement au service de l’éducation et de l’enseignement supérieur dépasse largement le cadre de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Nommée rectrice de l’Académie et chancelière des universités de Paris par François Mitterrand (1982-1989), elle a exercé de nombreuses responsabilités scientifiques nationales et internationales. Elle a également joué un rôle majeur au sein d’institutions culturelles prestigieuses, poursuivant avec constance son engagement au service du savoir, de la culture et du débat intellectuel.

La reconnaissance internationale de son œuvre s’est traduite par de nombreux doctorats honoris causa décernés par des universités du monde entier.

Historienne de renom, Hélène Ahrweiler laisse une empreinte profonde dans l’histoire de l’université. En ce moment de deuil, Paris 1 Panthéon-Sorbonne salue une universitaire d’exception dont l’héritage continuera d’inspirer des générations d’universitaires, de chercheurs et d’étudiants.

Regarder l’entretien d’Hélène Ahrweiler avec Philippe Boutry