Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne
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Soutenir la recherche en exil : l’engagement de Jean-Marc Bardet

Professeur de mathématiques appliquées à l’université, Jean-Marc Bardet s’engage au sein du Programme PAUSE en accompagnant et en encadrant une docteure iranienne forcée de quitter son pays. Cette dernière a ainsi pu intégrer l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne pour y effectuer un post-doctorat en statistiques et en mathématiques sous la direction de Jean-Marc Bardet. 

Animé par de fortes convictions et un profond attachement aux valeurs de solidarité et de liberté académique, Jean-Marc Bardet participe activement au Programme PAUSE en assurant l’encadrement scientifique de cette chercheuse accueillie dans le cadre du dispositif.

Un professeur engagé  

Sensible aux injustices et à l’accès à l’éducation et à la recherche en France et dans le monde, Jean-Marc Bardet s’est, à plusieurs reprises, rendu à l’étranger (Cambodge, Thaïlande, Bénin, Guinée, Sénégal et Togo) pour donner des cours. Il a également co-dirigé pendant six ans à un programme visant à développer des masters et des doctorats de statistique en Afrique subsaharienne ce qui l’a conduit à encadrer plusieurs doctorants de ces pays.  

Enfin, Jean-Marc Bardet a été pendant huit ans secrétaire général du Centre International de mathématiques pures et appliquées (CIMPA), une association pour le développement international des mathématiques. « C’est donc très naturellement que je me suis engagé dans le programme PAUSE après avoir été sollicité par cette chercheuse iranienne en danger », explique le professeur.

Marquée par le parcours de la chercheuse qu’il accompagne, Jean-Marc Bardet souligne la persévérance de cette dernière pour sa liberté et la poursuite de ses recherches. « Malgré un doctorat de grande qualité, elle se voyait refuser tout poste académique dans son pays en partie pour des raisons liées à sa façon de se vêtir, mais aussi parce qu’elle est une femme », explique-t-il.

« Avec beaucoup d’opiniâtreté, en suivant également l’exemple d’une collègue et amie qui avait bénéficié du Programme PAUSE un an avant elle, elle a monté un projet scientifique pertinent, obtenu l’aval du programme. Elle a eu le courage de quitter son pays, sa famille et ses amis pour un temps indéterminé et peut-être très long. »

PAUSE, un dispositif humain  

Investi au sein du Programme PAUSE, le professeur définit les formes d’engagements qui découlent de ce dispositif sous plusieurs aspects : citoyen, scientifique, institutionnel et sociétal. D’après lui, « les valeurs portées par un tel programme, celles de la défense des libertés académiques, scientifiques et artistiques, sont consubstantielles avec les idéaux d’un pays attaché aux droits de l’homme. »

Navré de la baisse des subventions du programme prévues pour 2026 qu’il déplore, le Programme PAUSE est selon Jean-Marc Bardet, essentiel.  

« Il peut permettre de sauver la vie académique, artistique ou scientifique (et parfois la vie elle-même) de centaines d’êtres humains ayant juste eu la malchance de vivre sous un régime politique inquisiteur, totalitaire ou coercitif. »

L’ensemble des membres de Paris 1 Panthéon-Sorbonne actifs au sein du Programme PAUSE veillent à ce que l’accueil de chacune et chacun des chercheuses et chercheurs accueillis puisse se dérouler le plus sereinement possible compte tenu des circonstances. « De ce que j’ai pu constater avec mon unique expérience, l’encadrement humain et administratif proposé par le programme PAUSE à l’université est de très grande qualité, avec des collègues convaincus par ce programme et prêts à prendre beaucoup de leur temps pour soigner l’accueil », confie Jean-Marc Bardet.  

L’université, un espace de liberté à préserver  

Mise à mal dans certains coins du monde, la liberté de la recherche résiste en France et le programme PAUSE en est la preuve concrète. Depuis 2018, de nombreux chercheurs ont été accueillis à Paris 1 Panthéon-Sorbonne dans le cadre du programme et peuvent poursuivre leurs travaux de recherche librement, loin des menaces présentes dans leur pays d’origine. Ces derniers sont accueillis à l’université pour une durée de maximum deux ans et bénéficient d’un accompagnement administratif mais aussi psychologique.  

« La baisse notable du financement des universités risque d’être très dommageable pour tous les domaines académiques, et en particulier pour les sciences humaines et sociales. Or celles-ci sont essentielles au développement de l’esprit critique, comme l’est plus généralement la liberté de recherche. La contraindre, c’est restreindre l’esprit critique et ceci conduit à perdre en créativité, à s’interdire de nouveaux développements scientifiques qui demandent à pouvoir faire des pas de côté. »

En s’engageant au sein du Programme PAUSE, Jean-Marc Bardet rappelle avec force que l’université n’est pas seulement un lieu de savoir, mais un refuge pour la liberté, la solidarité et l’esprit critique, des valeurs essentielles à préserver et à défendre sans relâche.

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