Pascal Levy / Panthéon-Sorbonne
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Alice Franck en première ligne pour soutenir les chercheurs en exil

Maîtresse de conférences en géographie à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Alice Franck est engagée en tant que référente scientifique dans le programme d’accueil des scientifiques ou artistes en exil, PAUSE. Un rôle à la croisée de l’accompagnement académique et humain.

Un engagement né de l’urgence et ancré dans la solidarité scientifique

Depuis plus de vingt ans, Alice Franck consacre ses recherches à la région du Soudan et en particulier à la capitale soudanaise. Le déclenchement de la guerre en avril 2023 met un terme aux possibilités d’accès à son terrain et affecte durablement la vie de ses collègues. C'est dans ce contexte qu’elle se tourne vers le Programme PAUSE et s’y engage. « Depuis le début de la guerre de très nombreux collègues et étudiant(e)s cherchent à échapper aux combats qui ont tout d’abord fait rage dans la capitale du Soudan. Le contexte universitaire n’est pas épargné », explique Alice Franck avant de poursuivre : « La plus ancienne et prestigieuse université du Soudan – l’université de Khartoum – avec laquelle nous travaillons depuis des années est en exil et tente depuis trois ans de fournir des cours en ligne et de trouver des moyens de faire passer les examens aux étudiants et étudiantes éparpillés dans le monde. »

Face à la crise, chercheurs et institutions ont tenté et continuent d’organiser des formes de solidarité, et d’accueil. Le programme PAUSE s’inscrit précisément dans cette dynamique, en offrant un cadre structuré pour accueillir temporairement des scientifiques menacés et leur permettre de poursuivre leurs travaux.

« Pour l’université et pour nous en tant que chercheur(e)s qui collaborons avec des collègues étrangers, qui échangeons avec des étudiant(e)s étrangers, qui montons des projets conjoints, qui mettons en place des conventions de partenariats, ou simplement qui nous rendons dans ces pays étrangers pour y mener nos recherches de terrains, c’est un engagement essentiel et avoir un dispositif à proposer lorsque la violence et/ou les conflits viennent percuter les vies de nos partenaires, c’est indispensable. »

 

Référente scientifique : un rôle clé entre accompagnement et médiation

Au sein du programme, la fonction de référente scientifique occupée par Alice Franck est un rôle pivot qui consiste en premier lieu à faire le lien entre les chercheurs en danger et les institutions susceptibles de les accueillir. Concrètement, elle informe sur le dispositif, accompagne le montage des candidatures, oriente vers des laboratoires adaptés et soutient les dossiers. Une fois les chercheurs accueillis, son implication se poursuit : intégration dans les équipes, participation aux activités scientifiques, mise en réseau.

Pour Alice Franck, « si le fait d’être intégré au programme PAUSE pendant quelques années est essentiel, les lauréat(e)s ne disposent pas d’un temps suffisant pour s’emparer complètement de la langue, s’approprier les codes et les attendus du monde académique français. » Déracinés et contraints d’être loin de leurs proches, les chercheur.es exilé.es peuvent avoir du mal à être très rapidement pleinement mobilisé sur la poursuite de leur carrière académique. « C’est peut-être là que le référent scientifique joue également un rôle important », explique Alice Franck. Démarches administratives complexes, recherche de logement, adaptation à un nouvel environnement : les besoins sont nombreux, et les référents scientifiques jouent un rôle d’appui essentiel à la bonne intégration des chercheur.es exilé.es.

 

Des trajectoires uniques, des vies transformées

Avec près de 30 chercheurs accueillis dans le cadre du PAUSE depuis 2021, de nombreux parcours de lauréat.es se sont croisés et ont marqué l’histoire du programme. « Toutes les trajectoires des chercheuses et chercheurs Pause sont marquantes », déclare Alice Franck. En tant que référente scientifique, cette dernière joue un rôle essentiel dès l’arrivée du lauréat, facilitant son intégration dans un nouvel environnement de recherche et soutenant la poursuite de ses travaux scientifiques. Certaines étapes prennent une dimension particulièrement forte, comme le fait de parvenir à lui permettre de quitter son pays ou encore le regroupement familial, vécu comme un immense soulagement. Le référent est également témoin des réussites du quotidien.

« L’apprentissage de la langue, la réussite scolaire d’un enfant, le décrochage d’une nouvelle bourse pour poursuivre ses recherches, l’emménagement dans un appartement plus confortable et pas trop éloigné constituent de bons souvenirs et des moment de partage avec les lauréat(e)s. »

Après cinq ans d’existence à l’université, la pérennité et l’efficacité du programme reposent désormais sur la capacité à renforcer les moyens qui lui sont alloués. Ainsi, chaque contribution, quelle qu’elle soit, pourra permettre au Programme PAUSE national de perdurer et de soutenir concrètement ces parcours scientifiques fragilisés à Paris 1 Panthéon-Sorbonne et ailleurs.

 

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